Autrice et metteuse en scène de théâtre, Karima El Kharraze s’intéresse autant aux voix minoritaires, aux généalogies féministes qu’à la poésie des quartiers périphériques où elle a grandi.

Karima El Kharraze fait une prépa littéraire (Hypokhâgne, Khâgne) avant de se former en littérature comparée et en arts du spectacle à la Sorbonne Nouvelle, à Paris X-Nanterre et à la Ruhr-Universität où elle travaille autour de l'oeuvre de Heiner Müller. Elle crée la compagnie A Bout Portant qui obtient en 2009 le prix Paris Jeunes Talents. Depuis 2012, elle fait des allers-retours entre le Maroc et la France et crée le spectacle autobiographique Arable(aide à la création du Centre National du Théâtre), Madame Flyna (en tournée actuellement) qui s’inspire de la figure de Touria Chaoui, première aviatrice marocaine ou encore Le Cafard et L’Orchidée. Elle conçoit avec la réalisatrice de documentaires Hélène Harder Casamantes, un projet transmedia entre Casablanca et Mantes la Jolie soutenu en écriture et développement par le CNC. Elle participe à la création et aux réflexions du collectif Décoloniser les arts ainsi qu’à leur publication aux Editions de l’Arche. Elle adapte pour le théâtre Le Cœur est un chasseur solitaire de Carson McCullers avec le soutien de la Chartreuse-Centre National des Ecritures du Spectacle et la DGCA dans le cadre d’un compagnonnage avec Ahmed Madani. Elle co-écrit et joue dans la lecture-spectacle Soeurs (en tournée actuellement) avec Penda Diouf et Marine Bachelot Nguyen. Elle co-écrit avec Christelle Harbonn Le Sel (en tournée actuellement), collabore avec des artistes comme Zoé Grossot ou Malik Soarès et donne régulièrement des ateliers dans différents contextes (écoles, prisons, associations, lieux d’art). Elle a bénéficié d'une résidence d’écriture avec la Comédie de Valence dont le texte Commun·e·s sera publié à l’automne 2022.

 

 


Je suis née rue Jean-Jacques Rousseau

Mon père cramait les cafards au chalumeau

Il y en avait partout

Ils sortaient surtout la nuit

Ils léchaient les éclaboussures d’huile de friture.

Sur le mur de ma chambre le plâtre effrité dessinait un garçon aux cheveux frisés

Lippu et à la pomme d’Adam proéminente.

Mon père m’apprend des mots en marocain

Un privilège la langue paternelle

Le français c’est la langue de l’école

Notre langue à nous les enfants.

Effort et tension toute dans la main contenue pour tracer parfaitement les petites lettres

En scripte ou en attaché.

 

 

Arable - Karima El Kharraze